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La couleur n’ existe pas...

L’humanité a toujours eu confiance dans la couleur. Nous étions tous persuadés de l’ efficacité des couleurs. D’une confiance profonde de leur existence avons-nous capitulé `a leur vérité.
Nous y avons cru parce qu’on nous a persuadé qu’il fallait y croire et nous croyions parce que nous voulons y croire. Et parce que nous pensions que sans cette croyance le monde n’était pas explicable.
Nous croyons que des joues rouges reflètent la santé (regardez, disait notre voisine après ma maladie, il a à nouveau de la couleur) et nous acceptons dans la même optique le bleu s’associant au froid. Nous aimons le jaune de l’œuf, le vert des épinards et le rouge des betteraves. Nous avons confiance dans le vert des feux du trafic et nous respectons la Croix
Rouge.
Nous croyons au tapis rouge, aux noces d’argent et au jubilé d’or. Dans le même ordre d’idées, nous parlons d’un lundi bleu, le jeudi blanc, comme d’un dimanche noir.
Nous ne voulons pas être éconduit et préférons une vie rose. Mais á ce moment-là affermissaient les premiers malentendus parce que ce rose n’ était pas le même que celui du triangle que les homophiles devaient porter dans les camps de concentrations allemands. L’étoile David des Juifs était jaune mais la race jaune est la race mongole. Nous détestons les chemises brunes et avaient peur du danger rouge. Non seulement le gazon est vert mais également les grenouilles et si nous observons du noir dans notre vue, nous sommes malades. Avec la couleur verte nous observons beaucoup de choses différentes, nous les appelons toutes vertes, sachant qu’ il n’ y a qu’un seul mot vert.
Ainsi nous avons perdu notre foi en l’infaillibilité des couleurs et voulaient les choses noir sur blanc. Personne ose demander : Donnez-moi cela en couleurs. Tout le monde le veut en noir sur blanc. Il faut en effet parfois annoncer la couleur. Certaines osent déclarer: la couleur n’existe pas ! N’était-ce pas Nietzsche qui disait, il y a cent ans : Dieu n’ existe pas !
Mais, reprenons dès le début, les origines. Comment sommes-nous arrivés a toutes ces couleurs, a tous ces teints, a tous ces coloris. Le bleu des Egyptiens, était-il le même que notre bleu de ces jours? Les Romains, observaient-ils le rouge comme nous le constatons aujourd’hui? Le vert de nos arbres et du feuillage, est-il déterminé par le vert des anciens Grecs?
A travers les siècles, les philosophes, les poètes, les peintres, les physiciens, même les physio logues et les psychologues ou les chimistes ont développe des opinions et des théories sur la relation de l’ homme par rapport aux couleurs. Aristote était probablement le premier qui discutait sur les couleurs. Aussi Platon, Leonard da Vinci, Isaac Newton et Goethe ou Steiner ont publié leur théorie sur le cercle des couleurs.

Fascinant est cette déclaration de Da Vinci (1452-1519) sur les couleurs : ‘Observez un mur, plein de mouillures ou les pierres irrégulières en couleurs. Si vous y cherchez une explication, vous y trouverez des paysages divins , montagneux, des ruines, des rochers, même des surfaces ou vallées d’une diversité étouffée; ou vous y trouverez des batailles avec des figurants en action, des mimiques ou des physionomies ayant toutes leurs propres configurations.
Avec ces murs nous constatons le même phénomène qu’avec les cloches: dans leurs sonneries vous entendez toutes sortes d’expressions. En d’autres termes, c’ était un des premiers, un précurseur, qui laissait les couleurs prononcer leur propre langage.
Dans les projets créateurs on démarre, en général, de la théorie des couleurs de Johannes Itten (1888-1967). Ce professeur de la célèbre école Bauhaus(Weimar 1919-1933) part du cercle des couleurs ayant 12 segments. A l’intérieur de cette conception, il y a des diagrammes réglant les liaisons internes des couleurs. D’âpres Itten, l’harmonie des couleurs est personnelle et donc très subjective. Il condamne de ce fait les avis sur base de cette conception. Le créateur doit détecter –ainsi Itten- quelles sont les préférences de goût de ses clients et puis les transformer d’une manière scientifique en usant les sept contrastes en couleurs que Itten développe.

Comme artiste, Henri Matisse (1869-1954) a publié beaucoup au sujet des couleurs. Comme peintre il avait cependant une toute autre approche: ’Découvrir le caractère essentiel des choses derrière leur apparence et créer ainsi un art d’équilibre, de pureté et de sérénité, décoratif de conception qui donne expression á ses réactions émotionnelles des sujets qu’il peint.’ Dans la représentation de Matisse, la forme est déterminée par le mouvement des plaques de couleur. Etant donné que la couleur représente le sujet le plus important de son art, la forme est influencée par l’interaction des couleurs voisines et avoisinantes.

Et puis, nous avons Ludwig Wittgenstein (1889-1951), le philosophe autrichien. De quoi on ne peut pas parler, il faut se taire, est une citation célèbre que l’on utilise parfois injustement par fainéantisme spirituelle pour terminer une conversation ou une discussion. Ce n’est évidemment pas ce que le philosophe prétendait.
D’après Wittgenstein il n’était nullement question de dialoguer sur l’éthique, malgre que c’était un sujet passionnant. Wittgenstein déclarait que les choses sont á ce point complexes qu’elles en sont indiscutables et indefiniables. On lui a reproche une philosophie trop négative. Dans ces Recherches Philosophiques il décrit pas mal de choses sur les couleurs. Notamment qu’on ne peut déterminer l’interprétation que tout le monde donne á la conception du rouge. En effet qu’est-ce le rouge? La voiture des pompiers, la tomate ou un ballon? C’est comme – ainsi Wittgenstein – quelqu’un déterminerait sa hauteur en mettant sa main sur sa propre tête!

Il y a donc la couleur du peintre et il y a l’interprétation du philosophe. Le poète observe des couleurs et le créateur fait de même. Nous connaissons les teints et les coloris du paysage et ceux du film, de le pellicule, les couleurs de la lumière et leurs reflets dans l’eau. Les couleurs abstraites et les couleurs physiques. Ces dernières émanent de la lumière. Les couleurs présentent dans la lumière du soleil sont absorbées par les objets au départ de la lumière reflétée. Ainsi, l’herbe, les arbres, les pierres ont de ce fait la couleur qu’ils refletent . Si toutes les couleurs sont absorbées et donc non réflectees, nous disons que l’objet est noir. L’objet par contre, est blanc lorsque beaucoup de rayons... de la lumière réverbèrent, rebondissent. S’il n’y a pas de lumière, dans l’obscurité, on ne distingue pas de couleurs.

On utilise beaucoup trop de couleurs. De ce fait elles deviennent douteuses et se contredisent parfois. Est-ce qu’un objet semble moins cher quand il est imprimé en rouge? Certainement pas parce qu’il se détache ainsi pas plus de la vulgarité ou de la grisaille ordinaire? On peut utiliser de la couleur pour cacher, dans la publicité par exemple, la misère ou un point faible du sujet ou de la création. Un champ en coloris bruns ne peut-il pas plaire avec la même intensité que le beau brun que nous apprécions autour des arbres bruns. Même le ciel peut devenir brun ou brunâtre pour intensifier le vert de l’herbe. N’est-ce pas suffisant quand les fougères se montrent dans un vert éclatant? Pourquoi devrait le créateur y ajouter d’autres coloris? Laissons á l’automne, plus tard, de diversifier les teints, même avec un champignon. Mais pas une plante permanente, une boule ou une rose cultivée. Quelles couleurs trouve-t-on dans le béton? Ou dans la mer, ou la sable ou la neige. C’est la qu’on découvre les tons réels. Ce que nous appelons la couleur, n’est-ce qu’un reflet ou une fiction d’une expression déterminée ou d’un désir prononce. Une rose blanche, un tournesol jaune, un coquelicot rouge, un bleuet bleu représentent l’innocence, le primitif, l’antique.
Pablo Picasso déclarait : ‘Il y a des peintres qui représentent le soleil avec une tache jaunâtre mais il y en a également qui grâce a leur intelligence et leur art transforment une tache jaune en un soleil.’ Voila le langage des couleurs en prouvant ainsi que la couleur n’existe pas quand ce n’est pas de la couleur mais autre chose.

Michel Lafaille
Décembre 2004

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